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Zoom artiste : Elsa Schiaparelli, une créatrice de mode audacieuse

Elsa Schiaparelli

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Elsa Schiaparelli (1890-1973) est une créatrice de mode italienne qui devient célèbre avec ses créations innovantes et sa maison de haute couture à Paris quelle fonde dans les années 1930.

A l’occasion de l’exposition au Musée des Arts décoratifs à Paris «  Shocking ! Les mondes surréalistes d’Elsa Schiaparelli » (jusqu’au 22 janvier 2023), Talivera vous propose de découvrir l’univers de cette artiste hors pair qui a marqué l’histoire de la mode. Tout commence avec Paul Poiret, le plus grand couturier de l’époque qui lui donne l’idée de se lancer…

Innover avant tout !

Alors que la mode des années 30 est classique, certains diront même, austère, à l’instar du contexte économique, des matières révolutionnaires apparaissent et des nouvelles pièces voient le jour, tel le tailleur, le pantalon et le pull en jersey. Les célébrités du cinéma montrent la tendance ! C’est dans ce climat qu’Elsa Schiaparelli souhaite surprendre et décide d’innover, tant dans les matières, que dans les coupes et les thèmes qui n’avaient alors jamais été empruntés.

Ses thèmes ne sont pas limités mais toujours très originaux pour l’époque. Il y a la nature, le cirque mais aussi la musique; Le papillon pour la collection été 1937, les chevaux, les éléphants sortant du cirque pour sa collection été 1938. Cela surprend par l’aspect festif, joyeux, décalé ! Elsa Schiaparelli puise aussi son inspiration des courants des nouveaux grands artistes du 20ème siècle tels le peintre surréaliste Salvador Dali (des pièces devenues légendaires comme le tailleur à poches-tiroirs ou la robe imprimée homard…), le poète et dessinateur Jean Cocteau ou le sculpteur Alberto Giacometti.

En 1934, elle innove en créant des parfums. Elle lance un trio de parfums au concept innovant où chaque parfum correspond à un moment de la journée et aux noms très étonnants : Soucis, Salut, et Schiap. Les flacons sont modernes, conçus par l’architecte d’intérieur français Jean-Michel Frank. En 1939, Elsa Schiaparelli lance son unique parfum pour homme dont le flacon est en forme de pipe, un clin d’œil à Magritte !

Robe Homard Exposition « Shocking ! Les mondes surréalistes d’Elsa Schiaparelli» Salle « Schiaparelli et Salvador Dali » © Eliott Vidal Calvo

Au niveau des matières, Elsa Schiaparelli est la première à utiliser le tissu camouflage en haute couture, avec son art du détournement bien connu. Elle cherche à innover en utilisant les nouvelles matières de l’époque comme le jersey et où tout en gardant l’originalité d’un thème, d’un style impeccable, elle pourra comme d’autres couturiers à l’époque rendre plus pratique et fonctionnel l’habillement pour la femme. Elle démarrera avec son célèbre sweater, pull en maille tricoté main avec un motif en trompe l’œil noir et blanc qui sera qualifié de « chef d’œuvre » par Vogue. Pendant la seconde guerre mondiale, elle crée des combinaisons zippées à maxi-poches destinées à contenir l’équivalent d’un sac à main, manteau à sacoche intégrée, robes transformables.

Quelques innovations qui la démarqueront seront ses combinaisons à zips de couleurs multicolores, sa robe portefeuille à grand décolleté ou ses robes de soirée réversibles, sa jupe-culotte qui fera scandale en Angleterre, ses coupes aérodynamiques grâce à des volants savamment placés, ses chapeaux excentriques…

Innover pour Elsa Schiaparelli, c’est aussi trouver une couleur que personne encore ne connait ! Elle invente alors le rose shocking, un pigment pur, vibrant, non dilué, intense et vivant.

Elsa Schiaparelli, qui n’avait pas eu une formation qualifiée comme d’autres créateurs de mode à l’époque dira au sujet de sa créativité :

« La meilleure et unique école c’est une salle de travail, pleine de bruit, pleine de monde, vivante et créative (…) Le chemin est ouvert à tous ceux qui ont la volonté, l’ambition, le respect du travail, et qui ont CELA » 

Elsa Schiaparelli photographiée chez elle 22 rue de Berri, figurant en quatrième de couverture de la version française de son autobiographie

Des couleurs audacieuses et innovantes

D’une manière générale, les créations d’Elsa Schiaparelli sont une ode à la couleur vive, parfois même éclatante. On y retrouve des couleurs comme le rouge, le violet,  le jaune-canari ou encore le « rouge pirate », de multiples couleurs qui sont reprises notamment dans sa gamme de rouges à lèvres. Celle qui reste associée à son nom est cependant sans conteste le « rose shocking » !

Robe papillon

Ce qui la distingue dans les années 1930, ce sont ses innovations tant au niveau de l’utilisation de nouveaux matériaux qui voient le jour à cette époque que des coupes et bien sur, de ses couleurs n’oubliant pas d’utiliser le noir en contraste comme un artiste peintre ! Quand certains posent la question : Est-ce que la mode est un art ? Nous avons avec Elsa Schiaparelli, la réponse. Un génie créatif où tout est pensé pour des créations artistiques !

Une notoriété internationale

Dès lors, les collections s’enchainent au rythme de quatre présentations par an. Les premières collaborations étayent le foisonnement créatif d’Elsa Schiaparelli : avec Elsa Triolet, un collier aspirine en porcelaine, avec le peintre Jean Dunand un plissé peint en trompe l’œil sur une robe longue, avec Alberto Giacometti des bijoux, avec Meret Oppenheim un bracelet en métal et fourrure… Les recherches en développement de matières nouvelles aboutissent à des tissus nouveaux tels le rhodophane (aussi transparent et fragile que le verre) ou le crêpe de rayonne froissé (ressemblant à de l’écorce d’arbre). 

Bijoux dans la salle « Jean Cocteau, le trait poétique » © Eliott Vidal Calvo

Sa notoriété est telle qu’elle devient la première femme créatrice de mode à faire la couverture du magazine américain TIME en 1934. Dès les débuts, Elsa et ses créations pour femmes au caractère fort et indépendant, attirent les clientes célèbres : Wallis Simpson, future Duchesse de Windsor (dont le trousseau sera griffé Schiaparelli), Marlene Dietrich, Katharine Hepburn, Lauren Bacall, Gene Tierney, Gala Dali, Marie-Laure de Noailles, Daisy Fellowes, Nusch Eluard (qui porte du Schiaparelli sur son portrait par Pablo Picasso), Arletty, Vivien Leigh, Ginger Rogers, Juliette Gréco, Mae West (pour qui elle dessine la garde-robe de l’un de ses films), et bien d’autres encore.

Plus d’infos sur son parcours et la Maison Schiaparelli de Haute Couture et Prêt à porter

Au milieu des années 1920, Elsa Schiaparelli laisse éclore sa créativité en tant que styliste free-lance.

Elsa Schiaparelli crée sa marque en 1927. Elle fréquente alors le tout-Paris et commence à s’entourer des meilleurs talents : Jean Schlumberger, Jean Clément puis Lina Baretti pour les bijoux, Jean-Michel Frank pour la décoration et la création de flacons de parfums, Pérugia et Roger Vivier pour les chaussures, Lesage pour les broderies, Marcel Vertès et Raymond Peynet pour les publicités. 

En 1932, la Maison de Couture, devenue «Schiaparelli – Pour le Sport, Pour la Ville, Pour le Soir », se répartit sur plusieurs étages et inclut 8 ateliers accueillant plus de 400 employés. L’année suivante, Elsa Schiaparelli ouvre une boutique à Londres puis à New York. L’année d’après, la maison de couture investit l’Hotel de Fontpertuis, 21 place Vendôme à Paris : 5 étages, 98 pièces, plus de 700 employés et une boutique en rez-de-chaussée donnant sur la colonne Vendôme.

La maison Schiaparelli est rachetée en 2006 par Diego Della Valle, propriétaire de Tod’s. Six ans plus tard, les ateliers ré-ouvrent à l’Hôtel de Fontpertuis, là où leur créatrice les avait laissés. La même année, l’inauguration de l’exposition « Schiaparelli and Prada: Impossible Conversations » a lieu au Metropolitan Museum of Art de New York.

En juillet 2013, Christian Lacroix crée une collection haute couture dédiée à Elsa Schiaparelli. En 2014, le premier défilé de haute couture depuis 1954 se tient lors de la fashion week de Paris. En 2017, Schiaparelli se voit attribuer le label officiel de la Haute Couture par le Ministère français de l’Industrie et la Fédération française de la Couture. En 2021, Lady Gaga porte une robe Haute Couture Schiaparelli pour chanter l’hymne national américain lors de l’investiture du président élu Joe Biden. Sur sa poitrine est épinglée une broche colombe en laiton doré tenant un rameau d’olivier, symbole d’harmonie et de paix.

Si vous voulez en savoir plus, venez découvrir notre conférence en ligne et notre visite guidée au Musée des Arts décoratifs pour découvrir l’exposition Elsa Schiaparelli.

Robe dans la salle « Schiaparelli aujourd’hui » © Eliott Vidal Calvo