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Zoom artiste : Comment Chanel a libéré les femmes ?

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On ne présente plus Coco Chanel : son héritage inestimable dans le monde du luxe français, sa vie tragique et romanesque et évidemment ses créations qui aujourd’hui encore sont le symbole même de la haute couture.

A l’occasion de l’exposition Chanel au Palais Galliera (musée de la mode) « GABRIELLE CHANEL. MANIFESTE DE MODE », la première rétrospective dédiée à cette grande couturière à l’origine de la Marque Chanel, zoom sur la plus célèbre des grandes couturières.

Mais Coco Chanel est souvent associée à la libération de la condition féminine par le vêtement, pourquoi ? Aujourd’hui ce positionnement est souvent décrié à cause des positions finalement conservatrices de Coco Chanel du point de vue du XXIème siècle. Le tailleur Chanel en tweed, le sac matelassé ou encore les colliers de perles sont bien plus associés à une image de grand-mère bourgeoise qu’à celles d’une jeune femme tendance.

Coco Chanel, en 1944 à Paris. AFP
Coco Chanel, en 1944 à Paris @AFP

Pourquoi donc Coco Chanel était une icône moderne voire révolutionnaire pour les femmes de l’époque ?

Des débuts comme modiste

C’est la création de chapeau qui lance la carrière de Gabrielle « Coco » Chanel dans la mode. Dès 1921, elle installe ainsi sa première boutique, uniquement dédiée aux couvre-chefs, au 21 rue Cambon, aujourd’hui adresse emblématique de la marque de luxe.

Aidée de son amant, le riche Etienne Balson, elle rencontre un succès fou, et ouvre des boutiques à Biarritz et Deauville où les riches bourgeoises s’arrachent ses chapeaux.

Dans les créations de modiste de Chanel se trouve déjà la marque de ce qui fera sa modernité en tant que styliste. En effet, Chanel s’inspire du vestiaire masculin pour ses créations : ainsi, les chapeaux se simplifient et s’épurent. Progressivement disparaissent les plumes et autres ornements qui décoraient la tête des femmes, mais les encombraient aussi. Désormais, l’élégance c’est la simplicité, le confort voire même l’androgynie.

« La simplicité est la clé de toute véritable élégance »

– Gabrielle « Coco » Chanel

La modernité comme marque de fabrique

L’entre deux-guerres est une période florissante pour Chanel : ses ventes de chapeaux ont explosé mais surtout elle se lance dans la mode, la vraie. S’inspirant des tendances de l’époque, c’est surtout le vestiaire masculin de ses amants qui va venir nourrir sa créativité et constituer la marque de fabrique Chanel que l’on connaît aujourd’hui.

L’objectif : libérer, émanciper la femme de tous ces habits peu pratiques qui les entravent. Elle introduit ainsi dans ses créations des matériaux rigides, solides comme le tweed : les femmes peuvent ainsi se mouvoir librement sans craindre d’abimer ou de déchirer des matériaux précieux.

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Coco Chanel en 1929 @Sasha/Getty Images

Coco Chanel introduit alors dans le vestiaire féminin deux éléments majeurs pour la libération de la femme. Tout d’abord, au diable le corset, que Chanel exècre ! Contraignant la respiration et le mouvement, il est banni des créations de Coco. Désormais les robes seront fluides, courtes et ne marqueront plus la taille.

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@Edward Steichen/Conde Nast/Getty Images

Mais surtout, Chanel introduit le pantalon dans la garde robe féminine. Et quel symbole de liberté physique mais aussi politique ! Il convient de rappeler que depuis la Révolution celui-ci était interdit aux femmes, et que, encore récemment au XXIème siècle, la loi française proscrivait aux femmes le port du pantalon. Une règle ridicule que Chanel a participé à détruire, en envoyant valser les codes traditionnels de la féminité pour les rapprocher de modèles plus élégants et masculins.

La femme n’est plus une créature fragile : elle exulte les mêmes caractéristiques de pouvoir qu’un homme grâce aux créations de Coco.

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Gabrielle Chanel portant des pantalons d’inspiration marine à Dauville

Un après-guerre rétrograde

On s’imagine souvent que la modernité de la silhouette féminine a commencé dans les années 20 et 30 avec le look des années folles symbolisé par des femmes aux cheveux courts, aux robes à la taille non marquée et révélant les chevilles. Cependant, cette supposée libération n’a pas duré bien longtemps. Si les deux guerres mondiales ont permis aux femmes une certaine prise de pouvoir social et une libération de l’habit vers une certaine praticité pour pouvoir travailler à la place des hommes, la fin de la guerre vient rapidement mettre un terme à cela.

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La silhouette « New Look » de Christian Dior, 1947

Le créateur emblématique de l’après guerre, celui qui explose en 1947 c’est Christian Dior avec son emblématique « New Look ». Et ce New Look se caractérise par à un retour à une vision traditionnelle, et soyons honnêtes, peu pratique de la féminité ! Taille très marquée et corsetée, tenues très apprêtées, jupes mi longues et extrêmement bouffantes… Une allure chic, mais peu adaptée au travail et réservée avant tout à une clientèle riche et bourgeoise. Des tenues de cocktail ou de réception non destinées aux activités quotidiennes de la plupart des femmes.

Chanel symbole de la femme libre

L’après-guerre est donc compliqué pour Coco Chanel. Celle-ci a licencié ses 4 000 couturières en 1939 et la tendance n’est pas en sa faveur dans les années 1940. Les femmes lui préfèrent la mode très corsetée de Christian Dior, qu’elle s’était évertuée à combattre depuis ses débuts en tant que styliste.

Chanel s’exile donc près de 10 ans en Suisse avant de revenir en France et de rouvrir sa mythique boutique du 31 rue Cambon. C’est à ce moment là qu’elle crée l’aujourd’hui iconique tailleur en tweed, rompant complétement avec les codes de Christian Dior. Le tissu est rigide, la coupe est droite, presque sévère et ne dévoile pas les formes. Une tenue simple et élégante adaptée à toutes les femmes, surtout celles qui travaillent.

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Le symbole est énorme : c’est une alternative au costume masculin que Chanel vient d’offrir aux femmes. Plus besoin des robes d’intérieur, elles peuvent désormais renvoyer la même image professionnelle et distinguée que ces messieurs. L’ornement n’est plus de mise, seule l’élégance et la rigueur demeurent.

Si l’accueil en France est d’abord majoritairement négatif, aux Etats-Unis le succès est retentissement. Les magasine Vogue USA ou Life se l’arrachent. La mort de Dior en 1958 vient confirmer ce changement de tendance : l’ère Dior est terminée, les années 1950 seront désormais celles de Chanel.

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Collection Automne/Hiver 1958-1959 de Chanel

Ainsi Chanel a marqué l’histoire de la mode et de la haute-couture par ses créations avant-gardistes pour son époque. Mais au delà de cela, elle a activement participé à la libération politique des femmes par leurs apparences vestimentaires. Car, comme le dit l’expression anglaise, parfois il est aussi nécessaire de act the part , littéralement de « ressembler à ce que l’on aimerait être ». C’est donc en donnant aux femmes une plus grande liberté dans leur apparence que Chanel a permis à ces mêmes femmes de réaliser que leur liberté politique était aussi nécessaire. Ce qu’elles ont réalisé, peut-être pas en Chanel, mais en se battant pour leurs droits sociaux dans les décennies qui ont suivies. Alors merci Coco !

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